Mardi 3 Juin 2008
Défaut de fabrication
Par Princessevarda, Mardi 3 Juin 2008 à 22:31 GMT+2 dans Petites névroses
J’ai une excellente mémoire.
Je connais toutes les dates d’anniversaire des personnes qui
gravitent dans mon environnement quotidien.
Je me souviens d’événements précis, de moments très forts
comme de détails insignifiants.
Je suis capable de retenir des lignes et des lignes de
textes (en dehors de Koltes dont les oeuvres, pour une raison étrange
n’arrivent jamais à se connecter à mon cerveau).
Samedi dernier, j’étais à l’anniversaire d’une amie.
J’y ai vu tout plein de nouvelles têtes sympathiques, mais
en parlant avec certains d’entre eux, je me suis aperçue que la plupart me
connaissaient déjà.
Ils savaient quand j’avais été enceinte, ils connaissaient
l’age et les prénoms de mes enfants, ainsi que mon parcours professionnel dans
les grandes lignes.
Une a même été capable de me décrire précisément certaines
pièces de ma garde robe après m’avoir demandé comment j’allais depuis la
dernière fois.
La dernière fois ?
Quatrième dimension ?
Pas du tout.
Pathologie récurrente et lamentable ?
Exactement.
En fait, ce genre d’incident m’arrive plus qu’à
l’accoutumée.
Le fait est que ma mémoire a beau être excellente, elle
n’est pas du tout visuelle.
Il n’y a personne de moins physionomiste que moi.
Je me souviens très bien des lieux et des soirées qu’on m’évoque, je me souviens parfaitement avoir parlé avec des gens, parfois, je me souviens à merveille de certains éléments de nos conversations, et, tenez vous bien, je me souviens même du sentiment que j’ai ressenti face à certains individus, sympathie ou désintérêt, mais y’a pas, je ne me souviens que très exceptionnellement de leur visage.
Il y a quelques années, j’ai oublié jusqu’à quatre fois le
visage d’une même personne.
La loose absolue.
J’ai été présentée à cette fille pour la première fois en
mai pendant des auditions pour une école réputée. C’était la copine d’une
copine. On a parlé pendant plusieurs heures en attendant les résultats.
Quelques mois plus tard, je la croise à la sortie d’un théâtre.
Très chaleureusement, elle m’interpelle. Il me semble que je ne l’ai jamais vue
de ma vie. Elle m’évoque les auditions, les marches sur lesquelles nous avons
longuement discuté. Je me rappelle clairement de cet instant passé en compagnie
d’une fille, mais rien à faire, j’ai beau savoir que c’était elle, je ne la
reconnais pas.
Octobre, je suis élève comédienne. On nous annonce qu’une
observatrice en stage viendra assister à l’un de nos cours.
Quand cette personne arrive, elle me tend les bras :
"Je ne savais
pas que tu étais dans ce cours!"
Moi : "On se connaît? "
L’année suivante, engagée sur un spectacle pour enfant, je
rejoins les autres comédiens pour la première répétition et je lie connaissance
avec eux. Sauf que visiblement, y’a cette fille, là, qui sait déjà comment je
m’appelle.
Nolwenn, si un jour tu lis ces lignes, je te présente toutes
mes confuses.
C’est juste que je suis une incapable.
Mais rassures toi, tu n’est pas la seule dont les traits ont
obstinément refusé de se graver dans mon souvenir.
Il y a eu ce garçon aussi, un pompier dans la caserne duquel
ma grande copine et moi avions passé une soirée.
Oui bon, ça va, j’étais jeune et délurée et en plus, c’est
pas du tout ce que vous croyez.
Ma copine sortait avec un de ses collègues et on a joué au
jeu des métiers.
Véridique.
Même qu’on a vachement rigolé.
Et là, vous vous dites que le jeu des métiers, c’est quand
même un jeu d’observation !
Ben oui.
Faut croire que j’avais pas bien observé alors.
Trente jours seulement après cette folle partie, sortie en boîte
(non sans m’être au préalable couverte de paillettes, faut ce qu’y faut) avec
cette même copine.Quand je te dis que j’étais jeune et délurée.
Et ben, je te le donne en mille, voilà t’y pas qu’il y a ce
type là, tout content de me voir et que moi, comme de bien entendu, je ne
remets pas du tout.
Avant, je pouvais au moins faire amende honorable.
A ma décharge, malgré mon indéniable myopie, je ne portais jamais
mes lunettes.
Mais depuis que je vis (oh, joies de mes prunelles, soit dit
en passant) avec des lentilles, quelle défense ai-je donc ?
Et vous ?
Physionomiste ou pas ?
Ce matin, en allant faire des courses (oui, c’était un peu
la fête ce matin, je me suis acheté un jean), il m’est arrivé un truc qui
m’horripile.
J’aurais aimé être de marbre.

Il est des endroits, des rendez vous où l’on se rend à
reculons.







